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| Jammie |
En février 2005, le premier émetteur satellite financé par notre association SOS Grand Blanc fut livré à l’Australie pour être posé sur un grand requin blanc durant la mission de février/mars 2005.
Malheureusement, au cours de cette mission, aucun grand requin blanc non marqué et répondant aux critères fixés pour l’étude (femelle de moins de 4 mètres, animal non marqué, 1ère observation) ne pu être approché et la pose de l’émetteur fut reportée à l’expédition de juillet/août 2005.
Durant cette nouvelle mission, aucun animal ne correspondait aux critères de sélection. Jusqu’au 5 août 2005, dernier jour de l’expédition. A 13h30, une femelle d’un peu plus de 3 mètres s’approche de notre navire. Nous l’observerons jusqu’à 15h00 avant de prendre la décision de lui implanter l’émetteur satellite. Mais l’animal est prudent et ne s’approche quasiment pas de nos cages de plongée. La décision est prise d’implanter l’émetteur depuis la plateforme de plongée située à l’arrière du bateau.
Nous l’attirons au plus près d’Andrew FOX (fils de Rodney FOX) à l’aide d’un morceau de thon. A 15h15, dans la baie principale de Neptune Nord (les îles Neptunes sont situées au sud de l’Australie. Ces îles sont les dernières bandes de terre avant l’Antarctique et elles restent le lieu de prédilection d’une des dernières populations de grands requins blancs) la balise est implantée à l’arrière de l’aileron dorsal.
Le requin est baptisé « Jammie » en souvenir de notre chef cuisinier décédée durant notre mission de février.
A ce jour, et avant que la totalité les données ne soient analysées, nous savons que Jammie a quitté les îles Neptune pour suivre le même chemin qu’une autre femelle, Ticka, qui avait été marquée en décembre 2004 et pour terminer son long périple dans la même zone que Ticka c'est-à-dire à plus de 3500 kilomètres du point de marquage, au large de Carnavon, ville côtière située à l’ouest de l’Australie. Mais, ce marquage nous laisse penser que les femelles suivent un chemin très précis pour se retrouver dans une zone également très précise située à plus de 3500 kilomètres de leur point de marquage. Pour quelles raisons ? Reproduction ? Nichoir ? L’avenir nous permettra peut être de répondre à ces questions.
En attendant, nous préparons l’acquisition d’un second émetteur financé par SOS Grand Blanc avec pour objectif de l’implanter sur un grand requin blanc en 2008.
Patrice HERAUD
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Résultats de l’émetteur satellite “Jammie”
Jammie, un requin femelle de 3.3 m, fut taggé avec le premier émetteur satellite offert par l’association française SOS Grand Blanc le 5 août 2005 dans les eaux de l’île de « North Neptune » (Australie du Sud).
Le 21 janvier 2006, après 154 jours, l’émetteur s’est détaché et le signal a été capté par le satellite.
Parcours de Jammie pendant la durée de son marquage
L’émetteur a été localisé prés de la côte ouest australienne près d’Exmouth et de Ningaloo Reef (fig. ci-dessus), à environ 4200 km du point de départ. Cependant, le requin est resté aux alentours de son point de marquage pendant les mois de septembre et octobre 2005 et il n’a commencé son voyage que fin novembre.
Jammie a donc parcouru cette distance en seulement 62 jours, faisant une moyenne de 68 kilomètres par jour.
Comme on voit dans la figure suivante, les plus grosses fluctuations de profondeur et de température d’eau ont eu lieu à la fin de son voyage. Pendant tout le voyage, elle est descendue à des profondeurs d’environ 80 mètres, faisant également des remontées régulières à la surface.
Durant les 7 derniers jours de son périple, Jammie a évolué à des profondeurs de plus de 100 mètres, avec un maximum enregistré à 139 m. Elle a aussi nagé dans des eaux dont la température était comprise entre 8.5°C et 26.5°C.
Profondeur et température du voyage de Jammie
Malgré le fait que Jammie ait pénétré dans des eaux relativement profondes, la plupart du temps elle est restée à des profondeurs de moins de 50 mètres avec un maximum d’enregistrements dans la zone comprise entre la surface et 10 mètres de profondeur.
Lorsque sa piste a été superposée au graphique représentant le plateau continental, on a alors pu remarquer qu’elle avait quittée ce plateau qu’à la fin de son voyage (ce fait a été confirmé par l’augmentation de profondeur de sa zone d’évolution à ce moment là).
Les données recueillies soutiennent les données des précédentes études. Un requin blanc femelle d’âge sub-adulte marqué par la FSRF à Dangerous Reef, dans le Golfe de Spencer, a non seulement été vu aux Iles Neptune mais également observé dans le Golfe Spencer et ses alentours durant une période de deux mois avant d’entreprendre une migration vers Shark Bay près de la côte ouest australienne (soit un voyage de plus de 3500 Km en seulement 64 jours !).
De plus, les résultats ont montré que le requin avait voyagé dans des eaux et à des profondeurs allant jusqu’à 376 mètres. Sa présence aux Iles Neptune semble indiquer que ce site soit un point d’arrêt régulier pour les requins blancs durant la période de migration.
Une autre étude australienne a montré qu’un requin blanc mâle de 2.4 m avait effectué un voyage de près de 3000 kilomètres entre les eaux de Victoria et la côte nord de New South Wales (CSIRO 2001) alors que des migrations similaires ont été constatées dans des populations de requins blancs de Californie (Boustany et al. 2002).
De plus, une migration trans-océanique enregistrée par la technologie satellitaire a prouvé que les femelles autant que des mâles sont philopatrique (Bonfil et al. 2005), réfutant ainsi une étude précédente qui suggérait que seuls les mâles voyageaient (Pardini et al. 2001).
Mais, il y a encore plus étonnant : une récente étude sud africaine a permis de suivre un voyage épique d’un grand requin blanc de la pointe sud d’Afrique du Sud à l’Australie de l’ouest et retour, soit une migration record de plus de … 11 000 kilomètres !
La raison des ces longues migrations et la façon dont ces requins blancs se nourrissent surtout quand ils évoluent à de telles profondeurs, restent un mystère total.
Les futurs programmes de marquage par émetteur satellite pourraient nous fournir des résultats inestimables.
Le but de la Fondation FOX est de réunir des fonds pour pouvoir implanter le plus grand nombre d’émetteurs satellitaires sur des grands requins blancs et ce, dans le but de déterminer les couloirs de migration et les routes utilisées par les requins blancs des Iles Neptune. Cela nous permettrait également de savoir si il existe des différences de sexe, de taille ou de saison dans ces migrations. Ainsi, nous pourrions peut être enfin cibler des terrains de reproduction.
Enfin, ces études devraient nous aider à déterminer le niveau de fidélité de certains requins à des sites, puisque chaque année nous observons un certain nombre de requins aux Iles Neptune tandis que d’autres disparaissent à tout jamais.
Rachel Robbins
Chief Scientist
Fox Shark Research Foundation
South Australia
Andrew et Rodney FOX ainsi que toute l’équipe de la Fox Shark Research Foundation tient à remercier chaleureusement l’ensemble des membres de l’association française SOS Grand Blanc ainsi que notre ami, le photographe français Patrice HERAUD pour avoir contribué à l’achat de cet émetteur satellite. Grâce à eux et aux résultats obtenus sur le marquage de Jammie, c’est un nouveau pas qui vient d’être franchi dans l’étude des grands requins blancs australiens.
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